Le télétravail s’est généralisé, mais beaucoup de salariés ignorent encore leurs droits. Peut-on vous imposer de travailler depuis chez vous ? Qui paie l’équipement informatique ? Avez-vous droit à une indemnité ? Face à un employeur parfois trop zélé, mieux vaut connaître la loi. Voici ce qu’il faut savoir sur vos droits face à l’employeur en matière de télétravail.
Le télétravail peut-il être imposé ?
C’est la question la plus fréquente. La réponse dépend du contexte. En circonstance exceptionnelle (pandémie, intempéries, grève des transports), l’employeur peut imposer le télétravail sans votre accord. La loi l’y autorise au titre du pouvoir de direction.
Mais en situation normale, le télétravail dit « régulier » nécessite votre accord explicite. Soit par un avenant à votre contrat de travail, soit par un simple échange écrit (mail, accord signé). Votre employeur ne peut pas unilatéralement décider que vous travaillerez désormais trois jours par semaine à domicile sans votre consentement. Si vous refusez, il ne peut pas vous sanctionner pour ce motif.
À savoir : l’employeur qui impose le télétravail sans circonstance exceptionnelle commet un abus. Vous pouvez saisir les prud’hommes.
Qui paie le matériel de télétravail ?

C’est un point sensible. Le télétravail ne doit rien vous coûter. La loi est claire : l’employeur doit fournir, entretenir et remplacer tout le matériel professionnel nécessaire. Cela inclut :
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Ordinateur portable ou fixe.
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Écran supplémentaire, clavier, souris.
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Casque ou oreillettes pour les visioconférences.
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Imprimante (si indispensable à votre poste).
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Connexion internet dans certains cas (voir ci-dessous).
Si vous utilisez votre matériel personnel, l’employeur doit vous indemniser. Soit par une indemnité forfaitaire (souvent 10 à 30 € par mois), soit sur justificatifs (amortissement). Dans les faits, exigez un équipement fourni par l’entreprise. Cela évite tout litige en cas de panne ou de casse. En apprendre plus en cliquant ici.
Et pour la connexion internet ?
La question fait débat. La loi ne prévoit pas d’obligation automatique. Mais si votre télétravail nécessite un débit élevé (visio quotidienne, transfert de gros fichiers) et que votre abonnement personnel est insuffisant, l’employeur doit prendre en charge le surcoût (passage à une offre supérieure). Idem si vous n’avez pas internet chez vous : il ne peut pas vous imposer le télétravail.
Demandez une participation forfaitaire mensuelle (entre 15 et 30 €) ou le remboursement sur facture. Certains accords d’entreprise prévoient une indemnité télétravail globale.
Vos horaires et le droit à la déconnexion
En télétravail, vous restez soumis aux mêmes horaires que dans les locaux. Ni plus, ni moins. Votre employeur ne peut pas exiger que vous soyez joignable à 20h ou le dimanche. Le droit à la déconnexion (prévu par la loi depuis 2017) s’applique pleinement.
Cela signifie :
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Pas d’obligation de répondre aux emails ou appels après vos horaires.
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Pas de réunion programmée en dehors de votre plage de travail.
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Pas de sanction si vous ne vous connectez pas le week-end.
Conseil : discutez avec votre manager des plages horaires communes et des moments où vous êtes indisponible. Formalisez-le par écrit.
La santé et la sécurité en télétravail
Beaucoup l’ignorent : l’employeur reste tenu à son obligation de sécurité en télétravail. Il doit veiller à votre santé physique et mentale.
L’ergonomie du poste
Il vous fournit non seulement le matériel, mais il doit s’assurer qu’il est ergonomique (siège adapté, écran à bonne hauteur). Sur votre simple demande, il peut mandater un ergonome pour évaluer votre installation. En pratique, rares sont les entreprises qui le font. Mais vous pouvez exiger une visite de votre poste si vous souffrez de douleurs (dos, nuque, yeux).
L’isolement et la santé mentale
Le télétravail prolongé peut générer de l’isolement et du stress. L’employeur doit organiser des points réguliers (tous les 15 jours ou chaque mois) et vous proposer des moments de lien collectif (réunions d’équipe, afterworks virtuels). Si vous vous sentez isolé, signalez-le à votre manager ou au CSE.
Les frais de télétravail : quelle indemnité ?
Indépendamment du matériel, le télétravail génère des frais courants : électricité, chauffage, eau, consommation de café, papeterie. La loi ne fixe pas de montant, mais la pratique est bien établie.
Deux options :
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Indemnité forfaitaire : versée chaque mois, non imposable dans la limite de 2,50 € par jour de télétravail effectif, soit environ 55 € par mois pour 22 jours. C’est la solution la plus simple.
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Remboursement sur justificatifs : vous fournissez vos factures d’électricité, de chauffage, etc. L’employeur calcule la part professionnelle. Lourd à gérer.
De nombreux accords d’entreprise prévoient une indemnité télétravail de 10 à 30 € par mois. Vérifiez votre convention collective. Si rien n’est prévu, demandez un forfait raisonnable.
Peut-on vous surveiller à distance ?
La loi autorise l’employeur à surveiller votre activité professionnelle, mais dans des limites strictes. Il peut :
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Utiliser un logiciel de pointage (heures de connexion/déconnexion).
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Mesurer votre productivité à travers des objectifs chiffrés.
Il ne peut pas :
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Activer votre webcam sans vous prévenir.
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Enregistrer vos frappes au clavier (keylogger).
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Prendre des captures d’écran à votre insu.
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Surveiller votre domicile (caméra, microphone).
Tout dispositif de surveillance doit être porté à votre connaissance (par mail, note de service, règlement intérieur). Une surveillance cachée est illégale.
Le refus de télétravail peut-il être sanctionné ?
En l’absence de circonstance exceptionnelle, refuser le télétravail ne constitue pas une faute. L’employeur ne peut pas vous licencier ou vous punir pour cela. Si votre contrat ne prévoit pas de clause de télétravail, vous êtes en droit de travailler exclusivement sur site.
En revanche, si vous avez signé un avenant ou un accord prévoyant des jours de télétravail, alors refuser sans motif valable peut justifier une sanction (avertissement, voire licenciement).
Les salariés protégés : femmes enceintes, parents
Les femmes enceintes, les salariés reconnus handicapés (RQTH) ou ceux ayant des enfants malades peuvent demander un télétravail comme aménagement raisonnable. L’employeur ne peut refuser sans motif sérieux. C’est un droit à part entière, souvent méconnu.